Les Suisses de l’étranger se sont donné rendez-vous à Lugano pour leur 89e congrès. En année électorale, la question de la démocratie directe dans le contexte international était au centre des discussions. Il s’agissait de rappeler le poids croissant des expatriés Suisses, sachant que sur 700'000 personnes, 135'000 sont inscrites sur des registres électoraux pour exercer leurs droits politiques. La démocratie directe est l’un des fondements du système politique suisse. Dans un contexte politique international toujours plus globalisé, quel est l’avenir de ce système qui permet aux citoyens d’influer directement sur les affaires et les décisions de l’Etat ? Quant à la Suisse, permet-elle réellement à ses citoyens vivant à l’étranger de faire valoir leur droit à intervenir directement dans le processus de décision politique ? Discours, débat et une allocation de la conseillère fédérale Doris Leuthard ont rythmé la journée.
Ce ne sont pas moins de 400 de nos compatriotes de l’étranger qui se sont réunis en Suisse pour leur congrès annuel. La manifestation a débuté hier avec à la séance du Conseil des Suisses de l’étranger (CSE), le « Parlement de la Cinquième Suisse». Mais c’est bien aujourd’hui, samedi 27 août, durant l’assemblée plénière, que les congressistes réunis au Palazzo dei Congressi à Lugano se sont exprimés sur le thème du congrès, à savoir la « Démocratie directe dans le contexte international ». Cette 89e édition a permis de débattre de la notion de démocratie directe dans le contexte international. Si le principe de démocratie directe est fort ancien et qu’il fait partie intégrante du système politique suisse, il est plus que jamais d’actualité. De nombreux pays sont en effet dotés de mécanismes relevant de la démocratie directe ou semi-directe et l’Union européenne a introduit l’ « initiative citoyenne » dans le traité de Lisbonne
entré en vigueur en 1er janvier 2009. Quel est l’avenir et quels enseignements peut-on tirer de la démocratie directe tant en Suisse qu’au niveau international ?
Poids des Suisses de l’étranger
Jacques-Simon Eggly, le président de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) a rappelé qu’à deux mois des élections fédérales, l’électorat des Suisses expatriés, 135'000 personnes inscrites sur un registre pour exercer leurs droits politiques, soit 25% des citoyens suisses de l’étranger en âge de voter, devait être mieux pris en compte. Il a insisté sur le fait que « les autorités fédérales, cantonales et communales sont les garantes du bon fonctionnement des institutions, mais le pouvoir est entre les mains des citoyens. Cela signifie que chaque Suisse en âge de voter, quel que soit son lieu d’habitation, doit pouvoir participer pleinement et entièrement au processus politique : c’est là l’un des fondements de la démocratie directe. ». Il a poursuivi en se demandant si « la Suisse leur (les Suisses de l’étranger) permet-elle réellement, dans les faits, d’exercer leurs droits politiques, alors que l’accès à l’e-voting n’est pas encore généralisé et que l’e-government semble jouer les Arlésiennes ? Notre pays est-il aussi démocratique qu’il le prétend ? »
Un invité de marque à prononcé le discours d’ouverture : Achille Casanova, ancien Vice-chancelier de la Confédération et porte-parole du Conseil fédéral. Monsieur Casanova a centré son discours sur les enseignements et les enjeux de la démocratie directe pour la construction et l’existence d’un état politiquement stable. Il a souligné que la démocratie directe présuppose la concordance et le respect de valeurs communes, ainsi qu’une volonté partagée de trouver des solutions. Il a ainsi regretté l’attitude des partis politiques car « la volonté de la part des partis politique de trouver une position commune, des compromis, s’effrite toujours plus. » Puis, il a continué en estimant que « La concordance à laquelle ils se réfèrent est souvent limitée à une arithmétique électorale. Ils sont en campagne permanente et cèdent souvent à la tentation de jouer le rôle d’une opposition. Ils instrumentalisent leurs Conseillers fédéraux et ne les soutiennent guère s’ils les jugent trop indépendants. Ils se complaisent aussi à attaquer les Conseillers fédéraux des autres partis. (…) le sens de responsabilité commune des Partis politiques gouvernementaux et la volonté de collégialité qui devrait en être l’expression s’effritent. Dans une telle situation comment s’étonner si la confiance de la population dans les autorités fédérales se réduit ? ». Monsieur Casanova a également estimé, partageant en cela le point de vue de l’OSE, que la « démocratie directe pour les Suisses de l’étranger n’est pas encore réalisée ». Il pense, tout comme l’OSE, que la solution devait passer par une introduction rapide et généralisée de l’e-voting pour les expatriés suisses.
Table ronde
La thématique de la Démocratie directe dans le contexte international a aussi été abordée lors d’une table ronde sous ses différents aspects : juridiques, institutionnels, mais aussi en rapport avec le système politique suisse, la vision que notre pays a de lui-même et la compréhension du principe de démocratie dans un monde qui se globalise. Ainsi, Andreas Auer (Professeur à l’Université de Zürich et directeur du Zentrum für Demokratie), Werner Gartenmann (directeur de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre), Andreas Gross (conseiller national PS/ ZH) et René Roca (historien), se sont penchés sur la thématique du congrès. Animée par Edy Salmina (responsable de l’information RSI) ce podium de discussion s’est demandé quel est l’avenir de ce système et s’il peut perdurer sans s’adapter aux réalités de l’interdépendance politique, juridique et économique.
Enfin, la journée s’est terminée par l’allocution de la conseillère fédérale Doris Leuthard. Celle-ci a rappelé l’importance de la « Cinquième Suisse » pour notre pays avant de continuer son discours en rappelant les grands défis qui seraient ceux de la Suisse dans les années à venir au niveau financier et économique. Puis elle a rappelé que la Confédération prenant très au sérieux les Suisses de l’étranger et leurs intérêts et que c’est pour cela que l’e-government et la nouvelle Direction consulaire avaient été mis en place. Car, in fine, il en va directement de la participation des membres de la « Cinquième Suisse » au processus de la démocratie directe. Madame Leuthard a également rappelé l’initiative parlementaire déposée par le Conseiller aux Etats Filippo Lombardi (PDC/ TI) et qui demande la création d’une loi d’application à l’article 40 de la constitution fédérale. Celle-ci, traiterait dans une seule loi, toutes les questions relatives aux Suisses de l’étranger.
L’un des rôles du Congrès des Suisses de l’étranger est de provoquer la discussion entre les expatriés, les médias et la population en Suisse, sur des sujets qui touchent à la « Cinquième Suisse » ou à la Suisse dans son ensemble. C’est aussi l’occasion pour nos compatriotes de l’étranger de mieux faire entendre leur voix en Suisse auprès des autorités, des médias et de la population. Mais cette réunion annuelle revêt également un caractère amical et festif car elle est l’occasion pour les congressistes de découvrir la région hôte. Ainsi, la journée du dimanche sera consacrée à la visite de la ville et de la région de Lugano.
L’Organisation des Suisses de l’étranger est, depuis 1916, au service des Suisses de l’étranger.
Pour toute information
Organisation des Suisses de l’étranger OSE
Ariane Rustichelli – Département communication
031 356 61 27 – 078 703 56 96
rustichelli@aso.ch; www.aso.ch